Pluralité textuelle et transformation sémantique de l’hébreu vers le grec

Pluralité textuelle et transformation sémantique de l’hébreu vers le grec

Pluralité textuelle et transformation sémantique
de l'hébreu vers le grec

Participants: Eberhard Bons, Jan Joosten, Daniela Scialaba

Du fait d’être le passage d’une culture à une autre, la traduction grecque de la Bible témoigne d’une adaptation sémantique, culturelle et signifiante du texte source vers le langage cible. Depuis les années 1980 environ, les chercheurs ont signalé des innovations à plusieurs niveaux, dont le vocabulaire, la rhétorique et le style. Dans le cadre du projet, il s’agit en particulier de combler des lacunes concernant le vocabulaire. En fait, la LXX introduit de nombreux mots grecs dont le sens diverge considérablement de leurs équivalents hébreux. À titre d’exemple, on peut citer le Psautier grec qui évite de parler de Dieu en termes de « rocher », « forteresse », mais qui remplace ce vocabulaire par un autre qui présente des similitudes avec le langage des papyrus grecs. Les recherches relatives au vocabulaire spécifique de la Septante ont fourni des résultats importants. Cependant, on constate encore des lacunes énormes que notre analyse cherche à combler. Il s’agit en particulier du vocabulaire religieux ou théologique au sens strict : la terminologie employée pour parler des « idoles », les verbes ou les substantifs utilisés pour parler de la « conversion », les épithètes divines propres à la Septante.

Du fait de sa temporalité, le phénomène de traduction est une photographie de l’interprétation d’un texte donné à une époque donnée – la traduction ancienne donne ainsi accès à une pluralité d’interprétations à une date donnée. Un grand nombre de variantes textuelles est dû au fait que les traducteurs grecs avaient sous les yeux un texte hébreu non vocalisé. Un tel texte se prête a priori à différentes interprétations (p. ex. la forme wšbty en Ps 23,6 ou le mot nd ou nwd en Ps 33,7). Or il est improbable que les traducteurs aient choisi toutes les traductions grecques de leur propre chef ou gratuitement. Au contraire, même si les récits sur l’origine de la Septante présentent des traits légendaires, il est vraisemblable que les traductions grecques ont joui de l’approbation des communautés. De ce fait, la LXX est à l’origine d’un grand nombre de variantes textuelles qui ont eu un impact sur des traductions plus récentes, p. ex. la Vulgate, ainsi que sur les commentaires bibliques anciens. De toute façon, une meilleure connaissance de la Septante et des choix faits par les traducteurs nous permet de mieux distinguer entre les variantes dues à la Vorlage non vocalisée ou à des interprétations ou corrections apportées par les traducteurs.

Traduit par des bi-culturels à l’aise dans deux langues, le texte traduit a fini par être interprété et transmis par des personnes qui ne maitrisent que la langue cible, ce qui laisse le champ pour une création interprétative nouvelle. À ce propos il est intéressant de constater les répercussions du langage de la LXX sur des textes plus récents d’origine juive et chrétienne. En fait, la question se pose de savoir dans quelle mesure les traducteurs ont créé un vocabulaire, voire un style qui a marqué la littérature juive et chrétienne postérieure. Dans d’autres cas, il serait intéressant de vérifier quelle terminologie n’apparaît que dans la Septante mais pas dans les textes plus récents, p. ex. chez Philon et Flavius Josèphe.